Grève de la grève

On December 15, 2014, in Criticage de trucs, by Karl

En Belgique, actuellement, nous subissons une vague de grèves nationales visant à protester contre certaines décisions de l’État. Et force m’est de constater que deux choses me chagrinent profondément.

 

Contexte. L’État fait sauter l’index et diminue par conséquent le pouvoir d’achat des Belges. L’État repousse l’âge de la pension. L’État prend des mesures pour réduire les coûts du chômage. Entre autres. Je m’abstiendrai dans ce billet de commenter la pertinence de ces mesures provoquant le mécontentement des Belges et vais me concentrer sur l’impact de la grève – et la légitimité de celle-ci.

 

Sur la grève

L’on peut constater une composante principale majeure dans les raisons qui motivent nos syndicalistes à faire grève. Ils protestent contre des mesures prises par l’État. La grève est-elle bien l’action à mener face à cette situation ?

 

En ouvrant un dictionnaire, je constate que la grève est définie comme suit :

Cessation collective, volontaire et concertée du travail (généralement avec préavis et pour une durée déterminée) par des salariés qui cherchent ainsi à contraindre leur employeur à satisfaire leurs revendications professionnelles.

Quoique légèrement incomplète, cette définition a le mérite de mettre en évidence la relation directe entre la grève et la revendication : les revendications sont professionnelles et la grève est un moyen de pression pour faire plier leur employeur.

Les professions libérales, bien entendu, se sont parfois également mises en grève afin de faire pression sur le gouvernement (on se souviendra, par exemple, de la grande grève du secteur des soins de santé en 1964 en réponse au projet de loi Leburton) : un corps de métier qui arrête d’exercer pour forcer l’État à faire machine arrière… sur base de revendications professionnelles contre des mesures étatiques. On notera que les professions libérales ne gagnent pas le moindre centime lorsqu’elles décident de ne pas travailler : les avantages présentés par une prise en compte de leurs revendications ont intérêt à en valoir le coup.

 

Les problèmes que me posent la grève actuelle

Le premier problème, c’est qu’ici, les employés du secteur privé et public se mettent à faire grève pour des raisons parfois un peu professionnelles, mais surtout des raisons sociales. Ils utilisent donc la grève – qui est, je le rappelle, un moyen de pression sur leur employeur – pour protester contre l’État. Prenons la société X dont les employés font grève. Cela embête bien le patron, M. Y. Mais M. Y n’est pas Charles Michel. Les syndicalistes et les grévistes, dans la grande majorité, tapent sur le mauvais clou.

L’État se fiche bien que M. Y soit embêté (enfin, pas complètement, mais un peu beaucoup quand même). C’est une manifestation qu’il aurait fallu, pas une grève. Et comme elle semble concerner tout le monde, cette manif-là, on aurait pu l’appeler « la manif pour tous » avec beaucoup plus de justesse que le mouvement radical et homophobe de nos voisins.

 

Le deuxième problème, et de loin le plus grave, c’est que le peuple en a ras-le-bol. L’immense majorité de la population grogne contre ces fichus syndicalistes qui bloquent le pays alors qu’eux, ils aimeraient bien aller travailler. On se retrouve alors dans la situation délicate où le peuple ne soutient pas les mouvements sociaux. Les grévistes forcent les gens à « se montrer solidaires » en les empêchant de travailler, ce qui dénature le sens même de la solidarité populaire, qui doit être un mouvement d’empathie spontanée. Comment faire la distinction entre la population mécontente et la population que l’on a empêché de travailler ? Parmi les gens qui n’ont pas travaillé, combien ont décidé de protester ?

 

Enfin – et si cela ne figure pas dans mon premier paragraphe comme un troisième point, c’est parce qu’il m’est impossible d’évaluer le caractère exceptionnel ou non de ce genre d’évènement –, j’ai l’impression que les grévistes sont de plus en plus incontrôlables. Ils saccagent des magasins. Ils ont crevé les pneus des voitures garées sur le parking de l’institut d’électricité de mon université (aux dernières nouvelles, les vandales ont été interpellés par les forces de l’ordre). Cette liste n’est probablement pas exhaustive.

 

Tout cela fait que la légitimité du droit de grève est remise en question. Et ça, c’est grave. Parce que lorsqu’on en aura vraiment besoin, la crédibilité des grévistes aura été détruite par leurs actions passées.

 

© oli

 

Le fansub est mort, vive le sub

On October 6, 2013, in Why so serious ?, by Karl

J’ai un peu suivi les évolutions récentes du monde de l’offre légale. Et ma conclusion, c’est que cette offre légale vient de signer l’arrêt de mort du fansub. Pourquoi cette mise en évidence du fan dans fansub ? C’est ce que développera la conclusion de cet article.

 

Commençons par faire un topo de la situation. Il était une fois le fansub. Le fansub, c’est des fans d’animation japonaise qui se disent « le Japon il fait des animes cool, mais on n’a pas de traduction disponible ! Ça n’intéresse pas le marché français, dommage. Proposons des sous-titres ! »

Et ça a bien marché. Naruto, Death Note, Bleach, tous ces mangas et animes à succès ont fait connaître l’animation japonaise à la génération post-club Do, et le fansub n’était soudain plus un truc confidentiel entre potes, mais une énorme entreprise avec parfois 10 000 téléchargements par épisode.

 

Soudain, il y avait une demande. Soudain, il y avait un marché. Forcément, des acteurs s’y sont intéressés. Pendant tout un temps, on avait des acteurs comme Dybex, Kazé, Black Bones ou Kana Home Video acquérant des licences et sortant des DVD quelques mois après. Les équipes de fansub travaillant sur une série licenciée retiraient alors leurs vidéos, redirigeant les gens vers les acteurs légaux (les équipes de sub (notez l’absence du « fan »), à l’éthique plus discutable, ne le faisaient pas, ça s’appelle faire du licencié, et c’est mal).

 

Mais ça ne suffisait pas. Ce n’était pas assez bon. L’offre légale n’était pas à la hauteur du fansub pour de nombreuses raisons. La plus importante, c’était qu’il fallait très longtemps pour que les titres licenciés apparaissent sur le marché français (on parlait de trois à six mois après diffusion dans le meilleur des cas).

 

C’est comme ça qu’est venue l’idée du simulcast : s’arranger pour proposer la version sous-titrée au moment où la version originale est diffusée pour la première fois au Japon.

Ça a mis longtemps à démarrer. Très longtemps. D’abord Dybex avec quelques titres, puis Kazé avec quelques autres titres… rien de très folichon. Le fansub avait encore pas mal de grain à moudre sans vraiment marcher sur le territoire des éditeurs.

Leurs modèles étaient différents, aussi. Dybex, c’était gratuit, immédiat, mais dont la qualité était revue avant la presse des DVD. Kazé Play proposait son catalogue et quelques simulcasts pour un prix ma foi modique.

 

Il y a maintenant quelques années, un truc nouveau et révolutionnaire voyait le jour : Wakanim. Wakanim, c’est un modèle économique super cool. C’est du « c’est gratuit pendant un mois, mais après, faut payer pour voir ». Du simulcast gratuit (en basse qualité) pour les radins qui se tiennent à jour, de la haute qualité pour ceux qui paient (et pour ceux qui sont à la bourre), c’est excellent. Comme rien n’est parfait dans ce monde, Wakanim a ses défauts, mais ce n’est pas le sujet de ce billet et je ne vais pas m’appesantir dessus. À nouveau, Wakanim proposait quelques simulcasts. En plus, il faut reconnaître qu’ils ont du flair et choisissent judicieusement leurs titres.

 

Avec leurs pouvoirs réunis (ça fait Captain Planète, la classe !), les acteurs légaux prenaient une partie de ce qui était disponible, mais il restait toujours une pléthore d’animes que les fansubs ne voyaient pas de raison de ne pas sous-titrer.

Ensuite, Genzai (Kana Home Video) est arrivé pour proposer son offre de simulcast. Encore quelques trucs en moins pour le fansub.

 
 

Ce mois-ci, il y a eu beaucoup de changement dans tout cet écosystème.

D’abord, Genzai et Kazé fusionnent pour former A.D.N., une plateforme très expérimentale qui va proposer son contenu en simulcast à la télévision. Le but de cette entreprise est clairement de toucher un nouveau public. Et avec Naruto à l’affiche, il y a moyen que ça prenne. Ils proposeront également du simulcast en ligne 14 jours après la diffusion. Bon, on peut discuter sur le côté « simulcast » de la plateforme en ligne, hein. Mais c’est à nouveau pas le sujet.

Qui dit fusion dit reins plus solides. A.D.N. propose pas moins de 10 simulcasts. Wakanim, de son côté, en a (je crois) 4. Dybex en a 2 (à confirmer). Le choix des fansubs se restreint, mais n’est cependant pas réduit à rien.

 

Ensuite, Crunchyroll, un monstre du simulcast aux USA, décide d’attaquer le marché français. Une stratégie agressive : d’entrée de jeu, ils annoncent 14 simulcasts. 14. Pour être plus précis, ce serait 14 ou plus. Moi qui parlais de reins solides tout à l’heure…

Il ne reste plus grand-chose pour les fansubs.

Avant, on se demandait quelle équipe allait faire quoi. On espérait que les bonnes équipes allaient choisir des séries intéressantes.

Maintenant, la question sera « qui a licencié [insérer une série ici] ? ». Le fansub n’a, pour ainsi dire, plus sa place dans le milieu… (et certains « fans » de s’insurger… Navrant.)

 

Bien sûr, il existera toujours une kyrielle d’équipes prétendant faire du meilleur travail que les acteurs officiels, tout comme il a existé un nombre considérable d’équipes qui faisaient du licencié.

Mais à mes yeux, on ne peut pas appeler ça du fansub. Un fan, ça se doit de supporter le créateur. Le but originel du fansub était de faire connaître l’œuvre et de la mettre à la disposition des fans, le fansub encourageait les autres à acheter les DVD, et le fansubber avait en général une collection considérable de goodies, artbooks, intégrales en DVD, mangas, etc.

Si, maintenant, quelqu’un vient me trouver en se prétendant fansubber, je ne pourrai que le regarder avec pitié et lui demander pourquoi il contribue à distribuer gratuitement quelque chose pour quoi il existe une offre légale rémunérant les auteurs.

 

Il existe encore une exception : les équipes qui font de vieux machins. Celles qui font les animes oubliés de 2006 délaissés par les acteurs légaux. Ces équipes-là font encore du fansub. Mais ces équipes-là ne se trouvent pas sous le sabot d’un serveur IRC.

 

Tout cela est très excitant, j’ai hâte de voir ce que les choses vont devenir dans quelques mois, lorsque les choses se seront un peu calmées.

 

Dans ce troisième et dernier billet sur le sous-titrage, je vais m’appesantir sur les deux autres rôles que j’ai eu à endosser à plusieurs reprises. À toutes fins utiles, voici un lien vers le premier billet ainsi qu’un autre vers le second.

 

La traduction

La recherche d’une (ou plusieurs) bonne(s) version(s) anglaise(s)

N’ayant pas la chance de parler le japonais, je suis de ceux qui traduisent depuis les versions aux sous-titres anglais. Il s’agit donc de trouver des traductions de qualité, fidèles aux dialogues d’origine.

Ce n’est pas toujours une mince affaire : les groupes anglais ne sont pas tous d’un bon niveau. Avec un peu d’expérience, on parvient à séparer le bon grain de l’ivraie, et dénicher une bonne traduction devient plus facile.

 

La traduction du texte

Ici, pas de magie, on traduit. Chacun utilise ses outils de prédilection et produit sa traduction. La qualité de la traduction est très variable. J’ai déjà vu des « feu dans le trou » et autres expressions qui se retrouvent, pour ainsi dire, lost in translation.

Le jeu du téléphone sans fil.

 

Choix de traduction

Parlons ici des choix de traduction, qui, comme je l’avais mentionné dans les billets précédents, varient d’une personne à l’autre. Certains traducteurs prennent la peine de convertir les unités monétaires, d’autres s’arrangent pour ôter les suffixes (-san, -kun, -chan, -sensei, etc.), d’autres encore adaptent le niveau lexical à celui du personnage qui parle… ces choix sont discutables, peuvent se justifier, et ma foi, chacun fait comme il a envie (c’est le principe, de toute manière).

 

Notes de traduction

Les notes de traduction sont aussi une chose courante, en fansub. Cela consiste à mettre un sous-titre supplémentaire expliquant le contexte, une blague ou un je-ne-sais-quoi d’intraduisible.

J’estime qu’afficher des informations contextuelles à l’écran consiste en un échec. J’estime qu’il est possible de traduire correctement la séquence sans polluer celle-ci d’informations supplémentaires. Voici un exemple extrême.

Note de traduction.

Note de traduction.

 

Personnellement, je rends généralement mes notes de traduction sous la forme d’un fichier annexe. Elles consistent en des informations additionnelles rassemblées au cours de la traduction (par exemple, l’histoire qu’il y a derrière une fête japonaise et le lien avec deux lointaines étoiles, parce que je suis curieux et tout). C’est pas mon rôle de faire la culture de celui qui regarde la télé, mais bon, s’il a envie, je lui ai compilé de la doc parce que je suis bien bon.

Le comportement que j’adopte n’est pas fréquent. Ce sont encore les notes de traduction qui sont privilégiées. Allez, pour le fun, une perle de nos amis anglophones.

Ah, ces 'ricains, faut tout leur expliquer.

Ah, ces ‘ricains, faut tout leur expliquer.

 

Un petit mot sur l’adaptation

Je connais également très bien ce rôle, l’ayant endossé quelques fois, mais le trouve franchement inutile. Je crois que pour peu qu’on ait un traducteur compétent ainsi qu’un correcteur compétent, le texte résultant sera dans un français intelligible. Il n’est donc pas utile qu’une troisième personne vienne mettre son grain de sel dans l’histoire pour chercher les formulations douteuses : c’est le rôle du correcteur, bon sang. Quoi qu’il en soit, lorsque l’on m’assignait à un rôle d’adaptation, j’effectuais systématiquement simultanément un tour de correction. Minimisons le nombre de gens qui travaillent sur le script, c’est encore cette histoire de téléphone sans fil.

 

Le contrôle de qualité

Lorsqu’on pense que le script est prêt à être diffusé, il est temps d’effectuer le dernier test par le feu : on le donne en secret à une équipe de beta-testeurs qui se chargeront de rendre un rapport sur la qualité du travail en général. Toutes les étapes de la chaîne de production sont évaluées. Au terme du visionnage, le QC (comme on les appelle, pour Quontrôle de Calité, ou Quality Check dans la langue de Shakespeare) rend un fichier texte contenant ses différentes remarques, le type de travail que chacune d’entre elle concerne et le moment où le problème apparaît.

Par exemple, « 21:03 Problème d’apparition du sous-titre (trop tard) », ou encore « 11:42 ouvert → ouverte ». Chaque remarque est formatée de sorte qu’il soit facile de les fusionner, de corriger les erreurs puis de produire la version finale qui sera distribuée. C’est, en règle générale, le traducteur qui s’occupe de la fusion et d’appliquer les corrections qui lui semblent pertinentes. À défaut, ce sera le correcteur qui s’en chargera.

Il s’agit en fait du rôle que j’ai le plus souvent endossé, puisque c’est aussi celui qui prend le moins de temps par épisode. Et puis, pour être honnête, taper sur les copains quand ils foirent, c’est plus rigolo que se faire taper dessus par les copains quand on foire. :D

Ici, le problème du téléphone sans fil n’apparaît plus : plus on a de retours, mieux c’est !

 

En vrac, et pour taper sur les gens

Pour clôturer cette série avec humour, voici une petite compilation du meilleur du pire, selon moi. Avec plein de fautes, parce que c’est plus rigolo.

Quelle beau choix de police !

Quel beau choix de police !

 

Ici, il s’agit évidemment d’une parodie, mais les exemples d’équipes choisissant des polices allant de Comic Sans à Illisible Avec ne manquent pas.

La tâche tache. Et la police aussi.

La police tache (mais pas la tâche).

Oh oui, encore du Comic Sans !

Oh oui, et moi je vaincrai le Comic Sans !

 

Un petit exemple de traduction tout à fait au poil.

La censure, un fléau.

La censure, un fléau.

 

De l’édition qui vaut le détour !

Félicitations, Madame, c'est un atlas.

Félicitations, Madame, c’est un atlas.

 

Comme personne n’est parfait, un petit fail personnel pour la route. :D

C'est le pluriel de l'infinitif, je vous jure que ça existe.

C’est le pluriel de l’infinitif, je vous jure que ça existe.

 

Dans ce deuxième billet sur les sous-titres sauvages et l’envers du décor, je souhaite parler de l’un des sujets que je maîtrise un peu mieux que les autres (auxquels je n’ai pour ainsi dire quasi pas touché). Le troisième billet terminera cette série en présentant les deux autres aspects que je connais plutôt bien.

 

La correction

Premier pas : le recrutement

C’est par là que je suis entré, c’est donc par là que je commencerai. En fonction des équipes, les critères de sélection sont variables, mais presque tous reposent sur un texte à corriger et, éventuellement, à commenter. Certains sont faciles, d’autres plus corsés, et leur longueur est variable.

Ensuite s’organise un entretien, presque toujours sur IRC (le repère des fansubbers), généralement pour débriefer le candidat (dans le cas où les résultats étaient probants). Au cours de celui-ci, on l’interroge sur sa motivation, ses disponibilités, etc. On continue également à l’évaluer (s’il écrit comme un cochon pendant l’entretien, ça fait tache). Au terme de l’entretien, le nouveau venu se voit remettre les clés des salons privés dans lesquels l’équipe travaille.

Tout ça, c’est bien beau, mais…

Dans la théorie, c’est impeccable, mais dans la pratique, le bât blesse. Les recruteurs n’ont pas toujours les compétences pour évaluer la copie du candidat, aussi disposent-ils d’un corrigé… parfois inexact, souvent incomplet voire, pour les plus mauvais d’entre eux, erroné. Comme pour tout, il y a à boire et à manger. Si l’examinateur n’a pas les compétences requises pour évaluer la qualité de ce corrigé, il peut, dans certains cas, juger fausses des corrections qui ne le sont pas.

Les questionnaires sont parfois trop faciles pour vraiment se faire une idée des compétences du candidat… parfois, aussi, ils sont mal calibrés. Ils se concentrent sur des points très obscurs (genre en parlant de frigos oranges), qui sont des cas rares peu susceptibles de survenir dans un sous-titre, alors que l’on voit tellement plus souvent des fautes d’accord, des subjonctifs… imparfaits et toutes ces petites erreurs de base qui font « tâche » dans le sous-titre.

Le calembour était nul, mais tant pis.

 

Ensuite : la pratique, les outils

Une fois les bases des logiciels utilisés pour sous-titrer acquises (en clair : une fois Aegisub installé), notre correcteur peut s’atteler à son travail. Il travaille généralement avec une vidéo, histoire de déterminer qui parle (les accords masculins, féminins, tout ça) et corrige ligne après ligne.

Les outils utilisés par chacun sont… eh bien, ils sont évidemment variables. Pour ma part, au début, je travaillais uniquement à l’instinct, une pratique à proscrire. Ensuite, je me suis mis à utiliser Antidote comme référence. Une fois le passage manuel effectué (à l’aide d’Antidote en cas de doute), je prenais le texte brut et je le soumettais à son correcteur automatique. Ça permettait de déceler les coquilles que j’avais manquées ainsi que les éventuelles erreurs que j’aurais passées (et qu’il était capable de détecter).

Par la suite, j’ai un peu progressé, et ai appris qu’Antidote c’était pas toujours tellement ça, ce qui m’a conduit à chercher des sources qui se recoupent. J’utilisais, entre autres, le Grevisse, le CNRTL (regroupant le TLFi, deux dictionnaires de l’Académie…), Antidote, le Lexique, l’ouvrage de M. Lacroux, et j’en passe. Google m’aidait aussi pas mal à vérifier le nombre d’occurrences de certaines formulations, afin de voir à quel point elles étaient entrées dans l’usage. Il ne faut pas oublier que ce sont des échanges oraux que l’on retranscrit : un lexique un peu plus familier est donc tolérable et certaines tournures modernes ne sont pas approuvées par les sources sérieuses.

Si j’avais un conseil à donner, c’est de ne pas se reposer sur ses acquis (anciennement écrit « acquits », comme quoi ! (2014)). Quelqu’un plein de bon sens m’a dit un jour qu’un bon correcteur est un correcteur qui doute. Apprendre à douter m’a, c’est sûr, permis de devenir un meilleur correcteur. Ou un moins mauvais correcteur, selon les points de vue.

 

Enfin, la mise en commun

Quand on travaille dans de bonnes conditions (sans trop de contraintes de temps, etc.), on peut avoir deux à trois personnes qui corrigent un épisode. Du coup, il y a des dissensions, notamment quand plusieurs tournures sont permises. On cherche la forme la plus pertinente. Difficile de courber l’échine. Parfois, même, on a tort, et c’est vexant. :D

En pratique, il y a généralement un meneur qui tranche. L’ancienneté (ou la compétence, selon le rapport de forces) prime.

Autre phénomène amusant, ce sont les débats internes lorsqu’un collègue pose une question délicate par rapport à un projet sur lequel on ne travaille pas forcément. Ça peut entraîner des discussions très intéressantes (et pas très productives) durant parfois jusqu’aux aurores.

 

Malheureusement, la réalité de conditions non-idéales

Pourtant, les sous-titres sont souvent en guerre ouverte contre le général Bescherelle et ses armées. Comment une telle chose est-elle possible malgré le portrait que j’en dépeins ? Cela peut s’expliquer par plusieurs choses. Une hâte de sortir l’épisode, entraînant une correction négligée voire bâclée (voire… inexistante :'( ). Un manque de compétences de la part du correcteur, une trop grande estime de ses capacités (« Je suis sûr qu’on écrit “des frigos oranges”, inutile de vérifier, voyons ! »)… toutes des raisons qui expliquent que le respect des sous-titres pour la langue de Molière n’est pas toujours optimal.

À la décharge des correcteurs trop souvent moyens au goût des gens calés en orthographe, il faut garder à l’esprit que c’est un travail généralement réalisé par des amateurs sur leur temps libre. Des amateurs souvent pas plus âgés qu’un lycéen en Terminale.

 

Take it to the next level: « Le chipot »

Pour peu qu’on soit perfectionniste (et c’est mon cas), plus on progresse et plus on est exigeant. La première étape, c’est le zéro faute ou, en tous les cas, un sous-titre qui s’en approche autant que possible, nul n’étant à l’abri d’une coquille. Vérifications dans des ouvrages au moindre doute et multiples tours de correction sont de rigueur. Ensuite, on se met à en vouloir toujours plus. Cela peut aller jusqu’à exiger une rigueur typographique telle que les guillemets français, les espaces insécables là où il en faut dans le cas de softsubs (dont l’utilisateur peut changer la taille et donc potentiellement pousser un caractère à la ligne), l’apostrophe typographique, les points de suspension (les vrais !), l’accentuation des majuscules (qui, en passant, selon un sous-entendu de l’Académie, est obligatoire), la présence des digrammes soudés (œ, æ, etc.), l’emploi correct des tirets et de leurs tailles, les espaces fines… que du bonheur, et tant de choses à apprendre. :)

Pour être honnête, quand je vois une équipe qui utilise des apostrophes typographiques, des majuscules accentuées, des Ça au lieu de Ca… je pars avec un bon a priori, et en règle générale, ça ne trompe pas : il y a peu de fautes.

 

En conclusion

Comme dans tous les autres aspects du fansub, il y a de tout chez les correcteurs. J’ai eu l’occasion de côtoyer des gens d’un niveau excellent comme des gens d’un niveau plus discutable, mais il y a une chose qui ne manque presque jamais : ces correcteurs apprécient le français bien écrit, et il m’est très rarement arrivé d’en croiser un qui n’avait aucune envie de progresser. Nous nous savons faillibles, et plus nous progressons, plus nous nous rendons compte de l’étendue de nos lacunes.

La correction est sans doute l’un des rôles les plus ingrats du fansub. Ce que l’on remarque, ce n’est pas le travail abattu, ce sont les oublis. Et on aura beau avoir corrigé 149 fautes dans le script, c’est la 150e, malheureusement, qui sera retenue parce qu’on ne l’a pas rectifiée. Mais d’un autre côté, quelle satisfaction lorsqu’on entend des commentaires sur la qualité du français du script… :-)

 

Deux signals !

Et en bonus, une de mes captures favorites…

 

Salut,

 

Une fois n’est pas coutume, je vais m’exprimer ici sur un sujet d’actualité, de société et tout (d’habitude, je parle que des choses dont personne n’a rien à foutre parce que c’est moins mainstream). Il paraît qu’en France, ils ont décidé de rendre le mariage accessible à tous les couples d’adultes consentants.

Le mariage, c’est quoi ? Le mariage, c’est, selon une source fiable, l’« Union légitime d’un homme et d’une femme, formée par l’échange des consentements que recueille publiquement le représentant de l’autorité civile ». À ne pas confondre avec le mariage religieux, où ça se passe à l’église du village, en robe blanche, avec un voile (sic !) et tout.

Et ça, ça implique une seule et unique chose : les homosexuels pourraient désormais bénéficier des droits des régimes matrimoniaux, comme tout le monde. Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire que l’État civil est au courant que ces deux personnes vivent ensemble et partagent leur biens. Ça permet d’assurer une certaine protection sur l’héritage, la séparation des acquisitions en cas de séparation, etc. Dans le cas d’une mutation de l’un, si l’époux exerce une fonction publique, il est possible de demander certaines choses.

Bref, en fait, ça permet juste de simplifier la vie des mariés. Le mariage civil, c’est une formalité administrative. Une discrimination selon les préférences intimes des intervenants est tout simplement… atterrante. Alors à ceux qui parlent du sens du mariage, avec des envolées lyriques sur le sens profond des choses, rassurez-vous, du côté du mariage catholique pour tous, Dieu ne l’a pas encore autorisé (d’ailleurs, de deux choses l’une, soit je méprise cordialement Sa position, soit je méprise cordialement ceux qui interprètent Ses dires).

 

Pourquoi donc tout ce tabac, bon sang ? J’en sais rien. Mais certains arguments ont été émis contre ce mariage homosexuel. Bon. Je vais tenter de donner mon avis sur ce qui me traverse l’esprit.

Le mariage homosexuel est contre-nature. Ça, ça reste à prouver. On voit des animaux adopter des comportements similaires, parfois (les cygnes, entre autres). C’est vrai qu’une préférence sexuelle qui t’empêche de te reproduire ne peut pas vraiment contribuer à l’expansion de l’espèce, mais… mais je crois qu’on est déjà assez comme ça, non ? Je veux dire, que tu aies des gosses, c’est plus une étape in-dis-pen-sa-ble pour la survie de l’espèce.

Les homosexuels ne devraient pas pouvoir adopter, une famille, c’est un papa, une maman et un enfant. Alors ça, c’est sans doute la plus grosse connerie que j’ai jamais entendue. Un summum à l’hypocrisie.

Les enfants ont besoin de parents qui les aiment. Jusque là, tout le monde ne saurait qu’être d’accord avec moi.

Un enfant adopté par des parents homosexuels qui ont retourné ciel et terre pour obtenir les autorisations nécessaires n’a-t-il pas plus de chances d’être aimé, choyé et dorloté par ses deux papas ou ses deux mamans que l’enfant non-désiré conçu lors d’un coït maladroit ? Et n’osez pas prétendre que ce deuxième cas est plus rare que le premier (ou je vous mets mon e-poing dans votre e-figure pour mauvaise foi).

Je me suis occupé de beaucoup d’enfants au cours de ma vie d’animateur scout. Et je suis bien plus révolté à l’idée de gosses qui ne sont pas correctement aimés par leurs parents (croyez-moi, il y en a) qu’à l’idée d’enfants adoptés par un couple d’homos.

Un enfant adopté par les homosexuels sera malheureux. Pour les raisons développées précédemment, je suis intimement convaincu que c’est le contraire. Il est nécessairement plus probable qu’un couple qui s’est démené pendant des années pour adopter un enfant sera capable d’autant d’amour qu’une famille idéale composée d’un papa aimant et d’une maman aimante qui décident d’avoir un petit bébé que le même cas de figure, mais en comparant une famille idéale à une famille où l’enfant n’est pas vraiment… voulu (mais bon, il est là, il est là).

En fait, le seul argument, que j’ai pas vu, et que je jugerais pourtant pertinent, c’est que l’enfant risque d’être chahuté par ses camarades (fils de pédé, ton père c’est même pas ton vrai père). Rien de plus cruel qu’un enfant envers ses pairs dans la cour de récré.

Les hétérosexuels auront du mal à adopter des enfants à cause des mariages homosexuels. Euh, j’attends de voir. En fait, en réfléchissant bien, on peut imaginer qu’une difficulté qu’un couple hétéro rencontrerait à l’adoption d’un enfant serait due à la concurrence des autres couples, plus nombreux (maintenant que c’est enfin autorisé, il y a plus de demande, et l’offre, en quelque sorte, ne varie pas).

Après, les couples homos auront plus de mal à adopter, c’est sûr. Toutes les barrières ne sont pas tombées, et il reste encore un certain conservatisme bien ancré dans pas mal de cultures. Du coup, les individuels, par contre, auront en effet plus de mal (à cause des homos qui se déclarent seuls pour pouvoir adopter). Mais en soi, un enfant élevé par un seul papa, c’est pas encore pire qu’un enfant élevé par deux papas ? Je veux dire, y en a deux fois plus, quand même… deux personnes disponibles pour l’enfant, c’est forcément mieux…

 

Pour finir, je vous propose de jeter un œil sur comment ça se passe en Belgique.

© Pierre Kroll

Enfin, en conclusion, un petit message aux personnes anti-mariage homosexuel : à force de faire vos trous du cul, vous finirez par éveiller l’intérêt de certains…

 

Bien cordialement,

Karl, un garçon attiré par les filles mais qui comprend qu’il n’en va pas de même pour tout le monde.

 

À la demande de M. Kaplan (qui a la mort aux trousses), et parce que ça fait un moment que je voulais écrire un truc là-dessus, voici un article sur comment fonctionne le sous-titrage sauvage, ce fameux fansub autoproclamé. Je vais donc complètement respecter la ligne éditoriale de ce blog en publiant quelque chose à un moment aléatoire (qui n’a pas forcément de points communs avec le reste des articles). Joyeux Noël. Je n’aurai même pas recours à ma tablette graphique, puisque celle-ci se trouve à quinzaine de bornes d’ici, au cœur d’une ville pleine de bouchons en ces périodes festives : Liège.

 

J’ai fait du sous-titrage pendant un certain temps. Pas du sous-titrage de séries, mais du sous-titrage de dessins animés japonais (des mangas, comme semblent le dire la plupart des gens, sauf qu’un manga, c’est sur du papier). Le procédé diffère un peu entre les deux, c’est pourquoi je vais commencer en parlant des étapes communes, puis ajouter, à toutes fins utiles, les choses qui viennent en plus sur les animes.

Dans tout ce texte, mon avis transparaîtra clairement. C’est totalement assumé : ce texte se basant sur du vécu, il est biaisé et subjectif à souhait. Que ce soit clair : j’aime certains aspects du fansub, mais pour vivre heureux, vivons cachés. Ceux qui s’affichent et sont connus dans le milieu sont souvent les moins compétents de la bande et les plus imbus d’eux-mêmes.

Les différentes étapes

Première étape : trouver quelqu’un pour enregistrer l’épisode que l’on veut traduire. Ça peut sembler bête, mais dans certains cas, cela peut se révéler assez compliqué. Le but, bien sûr, est de trouver une source de bonne qualité.

Deuxième étape : la traduction. Le traducteur rend un fichier contenant les répliques traduites.

Troisième étape : la synchronisation. On synchronise les répliques sur la vidéo de sorte qu’elles apparaissent et disparaissent aux bons moments.

Quatrième étape : la correction. Les correcteurs traquent les formulations nulles et les outrages injustifiés faits à la langue française. Enfin, ils essaient.

Cinquième étape : le contrôle de qualité. Des gens regardent l’épisode et disent ce qui ne va pas. Les corrections sont appliquées, puis le sous-titre distribué.

 

 Dans le fansub

Ça, c’est ce que font les personnes qui sous-titrent des séries. Pour les animes, en général, on cherche à donner la vidéo en même temps que le sous-titre. La formule tout-en-un, en quelque sorte. Ça prend plus de temps, puisque cela ajoute des étapes. Voici ce qui diffère.

 

Première étape : on cherche une vidéo avec laquelle travailler. De la meilleure qualité possible, récupérée, souvent, de la manière la moins légale possible (ça va du Transport Stream du canal télévisuel aux rips pirates des BluRay en passant par toutes les sources de qualité variable).

 

Deuxième étape :  on cherche une traduction anglaise. Les fansubbers ne parlent généralement pas plus correctement la langue nippone que vous et moi, et le montrent à grands renforts de « ohayo minna-san » et autres japoniaiseries. Cette étape est délicate : les bons traducteurs (à savoir, ceux qui ont plus qu’un niveau de lycéen en anglais) ont généralement le soin de choisir un groupe anglophone qui réalise un travail de qualité, parce qu’une traduction d’une traduction, c’est un peu comme le téléphone arabe, on ne sait jamais si ce qui est dit a le même sens que ce qui sera retranscrit. Autant choisir une source intermédiaire aussi fiable que possible.

La perle rare : le traducteur japonais français. Trouver un vrai traducteur qui parle le japonais comme il parle le français est un défi de taille, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il y a pas mal de soi-disant « traducteurs » dont le niveau de japonais, certes suffisant pour commander son pain au pays du soleil levant, ne suffit pas pour effectuer un travail de traduction de qualité. D’aucuns disent qu’un bon traducteur anglais français vaut mieux qu’un traducteur japonais français moyen… et je suis de ceux qui les approuvent.

 

Troisième étape : la synchronisation. Ça, c’est pareil, rien de compliqué. C’est juste long.

 

Quatrième étape : la correction. Dans le fansub, on divise généralement cette étape en deux : l’adaptation et la correction proprement dite. L’adaptation est une étape qui s’est révélée utile en raison de l’amateurisme des traducteurs. Ceux-ci ont parfois tendance à laisser des phrases lourdes, qui ne veulent pas dire grand-chose (on les comprend, mais c’est pas naturel), des formulations typiquement anglaises, j’en passe et des meilleures. Le but de l’adapt est de rendre les dialogues naturels et fluides. Vient ensuite le correcteur qui… euh… essaie de corriger. D’aucuns disent qu’un bon traducteur ne devrait pas avoir besoin d’un adapt et d’un correcteur… et je suis de ceux qui les approuvent (avec une réserve : il est toujours bien de se faire relire, même si on écrit correctement. Nul n’est parfait… mais vous voyez le concept).

 

Étape parallèle : l’édition. Certaines équipes jugent utile de traduire certaines choses affichées à l’écran en caractères japonais, d’autres non.

 

Cinquième étape : l’encodage. Le but de l’encodage est d’intégrer les éditions et les sous-titres en perdant le moins de qualité par rapport à la source tout en obtenant une taille de fichier final raisonnable.

 

Sixième étape : le contrôle de qualité. Idem que précédemment.

 

Septième étape : la distribution. Pour distribuer son fichier, il y a plusieurs écoles. Il y a IRC, le repaire des fansubbers (et le meilleur endroit pour prendre contact avec eux) qui propose un moyen de récupérer l’épisode via XDCC, le torrent, le téléchargement direct…

 

Les gens qui font ça travaillent généralement en équipe, où chaque personne est responsable d’une ou plusieurs étapes. Quelqu’un se charge de coordonner le tout, c’est un peu le big boss, sans le cigare (fumer, c’est mal).

 

Les outils

Évidemment, pour faire tout ça, il faut des outils. Heureusement, rien de bien compliqué, là où, il y a quinze ans, il fallait trente-six logiciels différents, on dispose maintenant d’un truc qui fait tout, de la synchronisation à l’exportation en passant par la prévisualisation. On peut même, dans pas mal de cas, traduire directement depuis le script anglais, quand celui-ci est disponible. Cette solution magique, c’est Aegisub. Voici une capture d’écran qui permet de se faire une idée de l’environnement de travail d’une personne qui sous-titre.

Je mentionne également l’existence d’un logiciel nommé VSS qui fait grosso modo la même chose, mais je ne l’ai jamais utilisé.

Remarque : une différence majeure entre le fansub d’animes et le sous-titrage de séries est le format de fichier utilisé pour le sous-titre. Les séries utilisent généralement le format SRT, plus standard, mais aussi plus limité, alors que les fansubbers d’animes utilisent généralement le format ASS, qui permet de faire des choses plus avancées et est de plus en plus supporté par les différents lecteurs.

 

Les écoles

Comme dans toutes les disciplines, il y a des choses sur lesquelles tout le monde ne s’entend pas. Voici quelques exemples.

Pour la synchronisation, certains préconisent l’apparition du sous-titre au moment où le personnage se met à parler, d’autres préfèrent essayer de faire ce qui, dans le jargon, est appelé time plan et consiste à faire apparaître le sous-titre, si possible, au moment d’un changement de plan (cela permet de faciliter la lecture en rendant le sous-titre moins distrayant).

Au niveau de la traduction, certains préfèrent laisser toutes les additions typiquement japonaises (les suffixes, notamment), quand d’autres préfèrent les traduire (à l’instar des traducteurs professionnels).

Pour ce qui est de la distribution des sous-titres, certaines équipes préfèrent de loin garder jalousement leur travail et incruster les sous-titres dans la vidéo (on parle alors de hardsub) et distribuent la vidéo, quand d’autres préfèrent ne pas incruster le sous-titre et le joindre à la vidéo dans une boîte bien faite, le conteneur MKV (on parle alors de softsub). Certaines équipes préfèrent même ne pas distribuer la vidéo, et se contentent de rendre le fichier de sous-titres public. Cette dernière option est d’ailleurs souvent adoptée par les équipes travaillant sur les séries américaines.

 

Le rythme de travail

Là encore, chacun a sa recette, mais on peut dégager plusieurs grands axes dans le rythme de travail.

D’abord, il y a le speedsub, un concept associé (généralement à juste titre) à une qualité médiocre. Le but est de sortir l’épisode en premier et être le plus grand des plus beaux, la plus appréciée de ces divinités révérées par ces lèches-bottes qui téléchargent en disant merci, merci vous êtes les meilleurs minna-san (avec des fautes en plus, mais je tiens aux yeux de mes quelques lecteurs), ou en ne disant rien du tout. Les étapes de correction d’orthographe et de contrôle de qualité y sont facultatives. L’étape supplémentaire du karaoké est indispensable. Ce procédé est motivant, très gratifiant si on est en manque de félicitations, peu gratifiant si on aime le travail bien fait.

 

Ensuite, il y a le fansub « normal », où on essaie de faire de la qualité plutôt que de travailler le plus rapidement possible. Quality over quantity, quality over speed. Le principal inconvénient de ce procédé est que le rythme ne fait que décroître, faute de motivation. Beaucoup de projets se voient alors inachevés. Le bon côté des choses, c’est que l’ambiance est généralement très bon enfant, les personnes qui regardent notre travail des gens plus mûrs (préférant attendre un épisode de qualité décente plutôt que de foncer vers le speedsub). Et puis mince, quoi, l’amour du travail bien fait, c’est quand même gratifiant. Montrer son travail à sa famille et en être fier, c’est classe. :)

 

Enfin, il y a le « fansub sous stéroïdes » (oui, bon, c’est moi qui l’appelle comme ça). Pour faire court, c’est quand une équipe de fansub qui se concentre sur la qualité décide d’aller vite… et de bien faire malgré tout. Le temps total de travail n’est pas réduit dans le procédé, mais ce sont les intervalles entre chaque étape qui s’amoindrissent, voire disparaissent. C’est un phénomène assez rare que je n’ai vécu que deux fois, et bon sang, que c’est grisant. La traduction s’effectuait en même temps que la synchronisation (c’est possible, mais plus difficile), puis dès que ces étapes étaient finies, le script passait en correction, puis était muxé avec la vidéo, et ça partait en contrôle de qualité. Parfois, on mettait moins de 24 h pour boucler un épisode. Il nous est même arrivé de boucler un épisode moins de 24 h après sa diffusion, c’était classe.

hontologie du fansubber

Le fansubber est imbu de lui-même et n’aime pas ses pairs. Il pense que sa manière de faire est la bonne et fustige celle des autres. Cela cause, bien entendu, de nombreuses rivalités et alliances entre équipes, avec des gens qui s’aiment, qui s’aiment pas, puis qui se tolèrent… ou se raillent. Ces guéguerres futiles ne font que souligner l’amateurisme de ces organisations et contribuer à leur discrédit…

 

Le fansubber, plus que ses pairs, déteste les maisons d’édition qui s’occupent de licencier leurs chères séries. En plus, ils font rien qu’à faire du mauvais travail, ils savent même pas mettre de karaoké dans leurs sous-titres moches même pas stylés en Comic Sans où ils oublient les suffixes et dénaturent l’anime, et en  plus, leurs traductions ne sont même pas littérales. Il n’est pas conscient des réalités du monde des professionnels, contraints par des contrats et des normes (nombre de caractères par ligne, notamment).

 

De la légalité du fansub

Ce que le fansubber oublie malheureusement trop souvent, c’est qu’il est un pirate. Personnellement, je ne me sens pas très concerné par le droit d’auteur. D’un côté, j’aime bien quand c’est libre, gratuit et que je peux utiliser sans problème. Maintenant, si j’ai pas le droit, ben je le fais quand même et puis voilà. C’est mal, mais je l’assume, et surtout, je suis conscient de faire quelque chose que je ne peux pas. Je suis même, je crois, conscient des risques encourus.

Ce n’est pas le cas d’une majorité des personnes dans le milieu du fansub. On voit très souvent revenir l’argument avançant que, tant qu’une série n’est pas licenciée en France, on peut la fansubber, c’est pas un problème. C’est raté, allez en prison sans passer par la case départ. D’autres prétendent que faire juste une traduction c’est autorisé (donc tant qu’on ne distribue que le sous-titre et pas la vidéo, on ne risque rien). Pas de chance non plus, ça tombe sous le coup de la même convention.

La réalité, la raison pour laquelle, en pratique, un fansubber ne risque rien, c’est parce que les majors ont d’autres chats à fouetter, et des poissons bien plus gros à ferrer. Entre les gros noms du warez piratant à tour de bras des films, des albums de musique et tant d’autres poules aux œufs d’or que, soit dit en passant, ces majors ne voient pas dépérir, et nous, petits gamins qui traduisent dans un français approximatif des épisodes de Naruto, le choix est vite fait.

Ce sentiment d’impunité en dépit du caractère répréhensible de cette activité ajoute à l’irritation des nouveaux acteurs légaux du milieu, dont je soutiens à cent pour cent les démarches (pour n’en citer qu’un qui est cool, il y a Wakanim).

 

Conclusion

Ah, le fansub, une expérience très enrichissante. J’y ai rencontré plein de gens fantastiques, j’ai appris énormément de choses. J’ai aussi pris de belles leçons d’humilité en revoyant l’idée que j’avais de mon niveau en français à la baisse… (que j’ai à nouveau dû revoir à la baisse en rejoignant les zCorrecteurs :D).

 

C’est un milieu sauvage et anarchique, tout le monde peut s’y intégrer, on y rencontre de tout. Et franchement, c’est plein de gens bien, mais la plupart d’entre eux ne se trouvent pas facilement. Discrets, ils sont de ceux qui traînent sur les salons IRC poussiéreux, donnent un coup de main de temps en temps sur un projet obscur qui sera vu par 3 personnes à tout casser et partagent leur expérience avec de nouveaux venus motivés et désireux d’apprendre.

 

Disclaimer

Si vous n’êtes pas sous Linux, ce billet aura peut-être eu l’intérêt de vous faire découvrir l’exceptionnel univers de Nasu et, plus généralement, celui des visual novel.

Si vous êtes sous Linux, et que la méthode que je propose ne marche pas, c’est normal. Après tout, le système d’exploitation évolue, et en plus ça peut très bien varier d’une distribution à l’autre. Ainsi, moi, j’utilise Archlinux. Cependant, les explications qui vont suivre devraient, moyennant quelques modifications éventuelles, permettre à n’importe qui de jouer à Tsukihime sur son système d’exploitation préféré.

 

Introduction

Tout d’abord, un visual novel, c’est quoi ? C’est un genre de jeu plutôt populaire au Japon dont le principe ressemble assez à celui du Livre dont vous êtes le héros, avec quelques ajouts, tels qu’une musique de fond, des graphismes en arrière-plan, parfois des fins alternatives voire des histoires alternatives avec des routes différentes prises dès le départ (ces routes ne se débloquent bien souvent qu’une fois la route principale finie). Peu de ces jeux, si ce n’est aucun, n’a été exporté, et le genre n’est que très peu populaire dans nos contrées (le truc qui s’en approche le plus à ma connaissance est la série des Ace Attorney sur Nintendo DS).

C’est pourquoi ces jeux se jouent officiellement uniquement en japonais.

Oui, vous m’avez bien lu, il n’existe pas de traduction officielle de ces (parfois) excellents jeux en français, en anglais, en trucbékistanais ou même en flamand (une langue nordique obscure). En revanche, certains fans se sont attelés à la rédaction de traductions et à l’élaboration de patchs permettant d’y jouer, le plus souvent, dans la langue de Shakespeare (pour celle de Molière, on repassera, et puis franchement, quand je vois le niveau du fansub chez nous, je n’ose imaginer celui d’une traduction de VN).

tl;dr : les VN, c’est des livres avec quelques trucs en plus.

 

Avertissement

Dans l’éventualité où vous ne seriez pas du tout au courant, les visual novel sont souvent des jeux pour adultes. Je m’explique : un peu à l’instar des films de Hollywood où faut toujours qu’on ait droit à une scène où des gens couchent ensemble, il y a souvent dans les visual novel un taux variable de fanservice. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ce genre de jeu a une mauvaise réputation, puisqu’une partie d’entre eux sont des excuses pour présenter des scènes de sexe.

Cependant, rassurez-vous, les jeux de TYPE-MOON (dont les plus connus sont Fate / Stay Night et Tsukihime) sont des jeux dotés d’un vrai scénario. En fait, j’ai eu l’impression qu’ils n’ont mis les quelques scènes érotiques qui y figurent que parce qu’ils y étaient forcés : dans Fate, elles m’ont semblé artificielles et d’un intérêt quasi nul (et dans Tsukihime, je n’y suis pas encore arrivé). D’ailleurs, il y a même dans Tsukihime une option pour installer le jeu sans ces scènes.

 

L’univers de Nasu

Souvent appelé Nasuverse, c’est le contexte des jeux dans lesquels vous plongeront les visual novel de TYPE-MOON. Le plus connu étant Fate / Stay Night (que je n’ai pas encore tenté d’installer sous Linux, mais que j’ai fini sous Windows), un récit exceptionnel où une ville japonaise est mise à feu et à sang par une guerre de mages dont le seul but est l’obtention d’un calice sacré : le Graal. Au nombre de sept, ils sont chacun dotés d’un servant, un esprit héroïque d’une personnalité historique (on retrouvera par exemple Médée, Hercules, Cú Chulainn, Lancelot…). Le héros est un jeune homme embarqué un peu malgré lui dans ce chaos, et on le suivra dans ses combats. Le scénario comporte trois routes : Fate, Unlimited Blade Works et Heaven’s Feel, chacune étant successivement débloquée une fois la précédente achevée. Inutile de vous dire que Heaven’s Feel est la meilleure, de très loin. Il y a bien un anime (Fate/Stay Night, sorti chez Kazé), mais je ne vous le conseille pas (très bien au début, ils se sont mis sur la fin à mélanger les trois routes et on s’y perd un peu). Il y a bien un manga, mais je ne vous le conseille pas (de style shojo, beurk).

Du côté de Tsukihime, on suit les pas de Shiki, un garçon qui a un pouvoir un peu bizarre, puisqu’il peut tuer tout ce dont il voit les lignes de mort : il lui suffit de les trancher pour que l’objet se rompe. Il sera embarqué dans une histoire de vampires où il devra en tuer un en particulier, et je n’en dis pas plus, n’ayant pas fini l’histoire, je ne voudrais pas lâcher une info importante sans le savoir. Il y a bien un anime, mais il semble déconseillé (je ne m’en souviens plus). Il y a bien un manga, et il semble conseillé (en 10 tomes, chez Ki-oon).

Passons aux choses sérieuses.

 

Récupérer les traductions

Tout se trouve sur le site de Mirror Moon.

Installation de Tsukihime sous Windows

C’est le truc qui m’a posé le plus de problèmes (hum, je mens un peu, mais c’est pas loin de la vérité).

Comment ça devrait marcher.

Méthode 1 : on installe le jeu en japonais. On vérifie qu’il va bien. On télécharge les deux patchs de Mirror Moon, on lance le premier, on trouve le fameux fichier arc.sar (il se trouve normalement dans le dossier d’installation), on installe le patch. On lance le deuxième, et le tour est joué.

Méthode 2 : on insère le CD de jeu sans l’installer, on lance le patch, on va récupérer directement le arc.sar sur le CD, on suit les instructions du premier patch, on lance le second, et voilà.

Chez moi, le CD était capricieux et s’obstinait à n’être qu’un simple CD de musique. J’ai donc, après quelques recherches, récupéré un dossier d’installation du jeu en japonais (contenant le fameux arc.sar) et appliqué le patch là-dessus. Ça a fonctionné, j’avais un jeu fonctionnel sous Windows. Les quelques obstacles que j’ai rencontrés sont peut-être dus au fait que j’utilise une version un peu modifiée de Windows 2003, du coup tout ne se passe pas toujours comme prévu.

N’oubliez pas non plus de copier les musiques du jeu dans le dossier CD prévu à cet effet (de plus amples instructions sont données dans le Readme.txt des patchs).

Les fichiers qu’il est important d’avoir pour jouer sous Linux

Grosso modo, contentez-vous de sauvegarder le dossier d’installation et de le mettre quelque part accessible sous Linux. Il semble que seuls les arc.sar, arc.nsa, default.ttf et nscript.dat soient nécessaires, mais tout copier ne fera pas de mal. Vous pouvez vérifier que ça marche plus ou moins avec WINE, j’ai cependant recontré quelques problèmes : le jeu est bien trop rapide (la musique va trop vite, l’avance rapide aussi…), il faudra donc trouver une solution alternative pour y jouer.

Vous allez donc récupérer ONScripter et le patch qui va bien. Les infos se trouvent ici, voici toutefois un lien direct pour onscripter (attention à prendre la bonne version !) et le patch (si le patch est indisponible, voici un miroir est ici : sauvez ce texte sous le nom onscripter-20060724-insani-zalas.patch2). On va compiler ça.

À partir de maintenant, je vais considérer que vous avez un dossier $ ~/Tsukihime contenant les fichiers du jeu Windows et $ ~/ONScripter contenant les deux fichiers nécessaires à la compilation de ONScripter.

Rendez-vous donc dans le dossier de compilation (je pars du principe que vous savez utiliser un terminal).

$ cd ~/ONScripter

À partir de maintenant, je vais y aller pas à pas : vous pouvez directement appliquer les modifications sans essayer de compiler (et donc sauter quelques étapes), mais voir comment résoudre les problèmes rencontrés vous permettra peut-être de résoudre les couacs additionnels qui surviendront sur votre machine. Ce pas à pas est basé sur celui de Vovick, un grand merci à lui.

Commençons par extraire l’archive, puis rendons-nous-y.

$ unzip onscripter-20060724-insani.src.zip
$ cd onscripter-20060724-insani

Il faut ensuite appliquer le patch.

$ patch -p1 < ../onscripter-20060724-insani-zalas.patch2

Jusque là, pas de problèmes. On va essayer de compiler.

$ make -f Makefile.Linux.insani

Aouch. Pour ceux qui n’ont pas l’habitude des erreurs de compilation, le cauchemar vient de commencer. Rassurez-vous, g++ est sympa, il vous indique quelque part ceci :

ONScripterLabel_command.cpp:861: error: invalid conversion from ‘const char*’ to ‘char*’

On va donc éditer le fichier ONScripterLabel_command.cpp à la ligne 861 et remplacer le mot « char » par « const char ». Pas de panique, on peut, c’est juste qu’avant, g++ était moins exigeant et qu’il le faisait tout seul sans broncher.

On relance la compilation…

$ make -f Makefile.Linux.insani
Ça ne marche toujours pas ! Entre autres,  il devrait y avoir la ligne suivante parmi les derniers messages dans le terminal.
/usr/bin/ld: cannot find -lartsc
Ça, c’est un problème de linker. En clair, il ne trouve pas la librairie Artsc et donc il veut pas avancer. Pas de panique, rappelez-vous que le logiciel n’est pas tout récent, et depuis, en fait, on n’utilise plus trop la librairie Arts pour le son. On va donc dire au linker d’utiliser plutôt PulseAudio. Pour ce faire, il faut éditer le fichier Makefile.Linux.insani. Dedans, cherchez la ligne LIBS = -plein -de -trucs -avec -des -traits -d’union -partout -beurk -j’ai -peur, et remplacez-y  -lartsc par -lpulse.
Tant que vous y êtes, regardez : le premier -tiret_qui_fait_peur est -static. Virez-le (oui, oui, on peut).
Sauvez, quittez. On y est presque. Maintenant, il faudra juste que votre système ait les librairies nécessaires. Pour voir si c’est le cas, deux solutions : lisez le README (perso, il était indéchiffrable, j’ai laissé tomber) ou essayez de compiler. Ça marchera, ça marchera pas, ça dépend de ce que vous avez sur votre système. Ici, c’est un peu la roulette russe (pensez à vérifier qu’esound est installé, d’ailleurs). Voici quelques problèmes que j’ai personnellement rencontrés.
Plein d’erreurs de ce type :
.libs/libesd.so: undefined reference to `desTrucs'
 Je l’ai résolu en suivant les instructions ici. Donc il a fallu éditer sdl-config et ajouter -laudiofile dedans.
Après ça, j’ai fini par avoir un exécutable. Il s’appelle onscripter, il peut s’exécuter en faisait ./onscripter, la vie est belle. \o/
Pas tout à fait. On va voir si ça marche avant de crier victoire. Copions l’exécutable dans le dossier de jeu, puis lançons-le.
$ cp onscripter ~/Tsukihime/onscripter
$ cd ~/Tsukihime
$ ./onscripter

Là, normalement, c’est gagné, une fenêtre s’ouvre. Chouette !

 

Mais notre périple n’est peut-être pas terminé. Très récemment, un bug de sdl_ttf fait que si le visual novel se lance bien, le texte est invisible. Il s’affiche bien, mais est transparent. Ça arrive depuis la version 2.0.11-1 de la librairie, le bug ne se produisait pas avec la version 2.0.10-1. Le problème a été réglé dans la version 2.0.11-2.

Là, il n’y a pas de miracle : soit vous mettez les mains dans le cambouis et vous réglez le bug (mais alors qu’est-ce que tu fous à lire ce billet, t’as largement le niveau pour faire tourner le jeu sans mon aide), soit vous revenez à la version 2.0.10-1. Sous Archlinux, pour downgrader, le logiciel downgrader fait des merveilles.

Normalement, tout devrait désormais se lancer sans le moindre problème ! Bon jeu. :)

Capture d'écran du jeu

UPDATE : En bonus, puisque je viens de faire une fresh reinstall du système, voici quelques trucs dont dépend onscripter que j’ai pu trouver. Il y a sdl_image, sdl_mixer, audiofile, directfb, esound et svgalib. Ainsi que sdl_ttf et aalib.

 

Bonjour,

Tout d’abord, ce post sera un peu différent des autres. Il se veut (au moins un peu) plus sérieux que d’habitude. De plus, je me permettrai peut-être de récupérer des vidéos d’Internet, celles-ci sont donc bien entendu soumises à leurs licences respectives (ah, et aussi, du coup, moins de gribouillages que d’habitude).

Après cette courte mise au point, entrons dans le vif du sujet. Peut-être l’ignorez-vous, mais il y a quelques mois, Brian Jacques nous a quittés. Le 5 février dernier, plus exactement, marque le jour où s’en est allé le papa de l’univers de Redwall. C’était d’ailleurs son anniversaire avant-hier. Joyeux anniversaire, M. Jacques.

Ce blog n’étant pas Wikipédia, je ne vais pas m’appesantir sur les détails de la vie de cet homme. « Pourquoi lui consacrer un billet ? », vous demanderez-vous. Parce que l’univers de Redwall, depuis ma plus tendre enfance, a plus ou moins toujours bercé mes rêves. D’abord avec le dessin animé, puis avec les ouvrages écrits (je n’en ai lu qu’un pour l’instant, mais en ai commandé plus (le temps que cet article a mis pour être rédigé m’a permis de les recevoir et de (presque) en terminer un des deux (examens obligent, je limite ma lecture (ça en fait des parenthèses, hein ?)))). Quand j’étais petit, c’était le savant mélange d’aventure, de bravoure, de légèreté et de la romance (ce qu’il en faut, pas plus !) qui m’a séduit.

Et puis… la musique du générique d’ouverture !

Redwall — Saison 1 (générique)

J’aime.

À l’époque, je ne connaissais de Redwall que la première saison, que j’ai regardée avec assiduité jusqu’à l’avant-dernier épisode (eh oui, je n’ai pas su la fin de celle-ci avant longtemps). J’ai longtemps gardé dans ma mémoire le souvenir de ce dessin animé avec une si belle musique, des personnages animaux si attachants, des méchants si méchants. C’est quand je suis allé au Canada que j’ai trouvé le tome I de la saga Redwall en version originale. Je l’ai immédiatement acheté, et ai commencé à le lire. Je ne l’ai terminé que tout récemment (shame on me). Enfin, il y a peu, j’ai mis la main sur les épisodes des trois saisons (j’ai alors appris l’existence de ces deux saisons supplémentaires), peu après le décès de Brian Jacques. Je les ai aussitôt regardées. Pourquoi un tel attachement ? Je vais tenter d’y répondre par le biais de ce billet (ah ah ah).

T'es pas drôle.

Au passage, les dessins animés en version française étant loin pour moi, il est fort possible que je m’emmêle les pinceaux avec les noms anglais et les noms français des personnages et lieux.

Autre remarque, je vais éviter de dévoiler des choses importantes de l’intrigue. Les introductions que je rédigerai directement dans ce billet seront donc suspensives. Cependant, comme il y a beaucoup de choses à dire, je vous propose des spoilers où mon avis sur les événements sera plus développé. Ne les lisez que si vous avez vu la série ou lu les livres. Je vous aurai prévenus.

 

Redwall

Redwall raconte l’histoire de Matthias, jeune souriceau recueilli par l’abbaye de Redwall (Rougemuraille dans la version française… vu l’esthétique du mot, vous me pardonnerez, j’emploierai le terme anglais), dans laquelle vit une paisible communauté de moines (sans vraie religion). Ce lieu de calme où il fait bon vivre est brutalement mis sens dessus dessous par Cluny le Fléau, un tyran sommant l’abbé de céder Redwall sans opposer de résistance. Celui-ci refusera, bien entendu, et commencera alors un long siège où Cluny cherchera à s’emparer de la forteresse par tous les moyens possibles. La résistance s’organise au sein de l’Abbaye, et notre Matthias, particulièrement inspiré par Martin le Guerrier, héros d’antan, cherchera à remettre la main sur l’épée disparue du protecteur de l’Abbaye, épée qui, il en est sûr, mènera Redwall à la victoire.

Cette saison — que dis-je, ce livre ! — est une merveille. Les personnages, je l’ai dit, sont attachants et ont leur caractère bien à eux (Constance est forte, directe et franche, Fleur de Maïs (Cornflower en VO) est charmante et vive, Matthias loyal, brave et impulsif, Basil rigolo mais sérieux lorsque la situation l’exige, Sam… ben il la ferme,  l’abbé Mortimer est droit, juste et bon, etc.), et s’ils sont un tantinet stéréotypés, cela n’est pas choquant, sans doute par leur caractère animal. Les méchants sont très méchants et n’hésitent pas à fomenter des plans d’assassinat dans leur coin, et les batailles sont épiques en raison d’une intrigue complexe et bien amenée. La romance entre Fleur de Maïs et Matthias a cela de plus charmant qu’elle n’est pas naissante, mais grandissante.

Spoiler : Redwall SélectionnerDévoiler

 

Mattimeo

Passons maintenant à la deuxième saison, clairement celle que j’ai le moins appréciée des trois. Elle met en scène le rejeton de Matthias, Mattimeo, alors que la paix est revenue à Redwall. Mattimeo est encore un gamin, et mène une vie paresseuse d’enfant gâté. Tout basculera lorsque Slagar le Cruel, un renard esclavagiste déguisé en saltimbanque, va user d’un tour pour enlever les enfants de Redwall en vue d’en faire des esclaves.

Alors que Matthias mènera une expédition pour retrouver sa descendance loin des bois de Mossflower, l’Abbaye devra faire face à une invasion de corbeaux menés par l’implacable général Ironbeak et Mangiz (un voyant, c’est lui qui a indiqué à Ironbeak l’emplacement de Redwall, indiqué par ses visions). Deux situations critiques et des héros divisés. Quel sera le dénouement de cette histoire ?

Spoiler : Mattimeo SélectionnerDévoiler

 

Martin le Guerrier (Le fils de Luc)


Après avoir vu les deux premières saisons et constaté que malgré l’excellence de la seconde, la suprématie de la première est indiscutable, j’étais impatient de voir enfin l’histoire de Martin le Guerrier, guide spirituel de Matthias. J’étais cependant persuadé que rien ne pouvait être meilleur que le premier jet, à savoir Redwall. J’avais tort. Ah ça, oui, j’avais tort. En fait, la comparaison ne tient tout simplement pas : Le fils de Luc est indiscutablement le chef-d’œuvre de Brian Jacques. Une narration sans failles, une intrigue palpitante, des personnages extraordinaires aux destins improbables, des méchants terrifiants, une héroïne… encore plus attachante que Fleur de Maïs, des combats épiques et un héros dont la classe est telle que Matthias, en comparaison, passe pour un souriceau fade, vide d’intérêt (et Abitbol pour un membre de la famille Groseille). C’est ça, Le fils de Luc, un condensé d’exceptionnel dirigé avec maestria. Alors c’est parti, voici… l’histoire de Martin le Guerrier.

Avant toute chose, sachez que je déplore grandement la traduction française des titres de ces livres. En effet, dans la version originale, le titre de l’histoire qui va vous être contée est Martin the Warrior (il s’agit d’ailleurs aussi du titre de la série animée), mais en français, le livre s’intitule Le Fils de Luc. En effet, le deuxième livre écrit par Brian Jacques, Mossflower, mettant également en scène Martin le Guerrier, a pour titre français… Martin le Guerrier. Bonjour l’ambiguïté.

Cette histoire ne vous racontera pas les circonstances dans lesquelles l’abbaye de Redwall a été construite, car celles-ci sont relatées dans le livre Mossflower (Martin le Guerrier, donc), mais les événements qui ont précédé l’arrivée de Martin dans les bois de Mossflower (Mousseray dans la traduction française).

Luc le Guerrier, partant en mer pour combattre des flibustiers terrorisant les côtes et ayant causé la mort de son épouse, laisse derrière lui un fils en bas âge, Martin, auquel il confiera son épée. « Prends-la, garde-la toujours avec toi et ne laisse personne te la prendre », lui avait-il dit. Mais peu de temps après, Martin se fait enlever par Badrang le Tyran (Tarkan dans la version française), qui s’emparera de l’épée de Luc et fera de Martin un esclave construisant sa forteresse. Martin ne cessait de se rebeller contre ses geôliers, et un jour, après avoir dépassé les bornes, il fut attaché dehors pour la nuit, livré aux éléments, ballotté par la tempête qui se déchaînait, et informé qu’on l’exécuterait le lendemain pour peu qu’il survive. Or, en dehors de la forteresse campait Laterose (surnommée Rose) de Noonvale (Midival dans la version française, décidément, quelle traduction…). Elle héla Martin, lui demandant si Brome (Côme dans la VF), son jeune frère, était également un esclave de Badrang. Malheureusement, Martin l’ignorait. Le lendemain, elle le sauva des mouettes affamées auxquelles il était livré, et il fut emprisonné dans une fosse, dans laquelle il n’était pas seul : Felldoh, un écureuil rebelle et Brome s’y trouvaient déjà. Avec l’aide de Rose, nos trois prisonniers organisent leur évasion… C’est à ce moment-là que Tramun Clogg (Tramoun Sock en VF), un ancien compagnon de pillage de Badrang, débarque avec ses forbans dans l’optique de dérober des esclaves à son « ami »… Les événements se précipitant, que va-t-il advenir de nos héros ?

Spoiler : Martin the Warrior SélectionnerDévoiler

 

Bref, Martin est sans conteste le meilleur héros jamais imaginé par Brian Jacques. Certes, les événements sont parfois un peu convenus, il s’agit de littérature pour jeunes et tout n’est pas permis, mais cette série parvient à sortir des sentiers battus. À lire, et à faire découvrir.

 

Lien utiles (à la société de consommation) :

RougemurailleRedwall
Le Fils de LucMartin the Warrior
Martin le GuerrierMossflower (la suite du Fils de Luc)
Et, éventuellement,
MattiméoMattimeo